UitvaartVoordracht

 

Les aventures de Jean-Pierre

 

Jean-Pierre est malade, gravement malade et c’est pourquoi il reste souvent cloué au lit. Avant, il était à l’hôpital, où on l’a opéré, et quand il est rentré, papa a installé son lit devant la fenêtre. C’est super, car la maison de Jean-Pierre se trouve dans la même rue que son école et beaucoup d’enfants passent et lui font un petit coucou sur le chemin de l’école. C’est-à-dire, si les rideaux sont ouverts, car parfois, quand Jean-Pierre est trop fatigué, il demande à maman de les fermer.

 

De temps en temps, Chris, le maître de CE1 passe le voir. Il raconte des blagues sur ce qui ce passe en cours et Jean-Pierre aime bien ça. Avant, ses copains de classe venaient aussi, mais ils ne viennent plus. Ils étaient un peu nerveux et du coup, ils devenaient très agités, ce qui rendait les visites trop fatigantes pour Jean-Pierre.

C’est pourquoi maman a convenu avec eux de s’arrêter devant la fenêtre pour faire coucou et alors ils crient : «  Eh, la casquette ! » Ce n’est pas pour l’insulter mais parce que Jean-Pierre n’a plus de cheveux depuis quelque temps par rapport aux médicaments qu’il prend. Il a mis une casquette sur sa tête chauve. Il en a toute une série, toutes différentes, et il a l’air d’un grand dur avec. Parfois les garçons crient : « Eh, ça va, Casquette et Lunettes ? » et c’est marrant car, à ce moment-là, ils voient Benno au chevet de Jean-Pierre, et Benno porte des lunettes.

Benno habite à côté et il ne fatigue pas Jean-Pierre. Il ne tchatche pas trop et lit pour Jean-Pierre l’une des BD qu’il a reçues, ou ils font un jeu.

 

Jean-Pierre sait qu’il ne guérira plus, tout le monde ne sait pas, ou bien, ils ne veulent pas savoir, mais Jean-Pierre le sait depuis un petit moment.

Il n’en parle pas, car les gens trouvent que c’est affreux et ils se mettent à pleurer, mais Jean-Pierre n’y pense pas trop. Souvent il est trop fatigué pour y penser et il est déjà bien content de ne plus avoir de douleurs depuis qu’il prend les médicaments. Il ne s’embête pas non plus, car lorsqu’il est trop fatigué, il ferme les yeux et tourne son regard vers l’intérieur.

Car dans ce monde intérieur de fantaisie il y a tant à voir et c’est comme s’il jouait dans un film plein d’action, dans lequel il sait voler et parler aux animaux.

Mais ces dernières semaines, ça lui arrive de plus en plus souvent, quand il somnole un peu, d’imaginer Mamimie à son chevet.

 

Mamimie est sa mamie préférée, mais elle est morte depuis un petit moment et maintenant papi Hubert se retrouve tout seul.

Cela fait déjà quelque temps, car avant sa mort Mamimie était dans un hospice parce qu’elle perdait souvent les pédales et faisait parfois des choses un peu bizarres.

Vers la fin, elle ne reconnaissait même plus Jean-Pierre et elle n’était quasiment plus de ce monde. Comme si elle s’était fermée les yeux et ne regardait plus que vers l’intérieur, et s’était tournée vers son monde de fantaisie.

C’est ce que Jean-Pierre ressentait, mais selon lui, les autres pensaient que c’était toujours la vraie Mamimie.

 

Mais sa Mamimie qui vient le voir maintenant est bel et bien la vraie Mamimie d’avant. Et elle lui raconte des histoires sur l’endroit où elle habite maintenant et ce qu’elle fait de la journée.

Elle dit qu’elle y aide des enfants, et donc Jean-Pierre pense qu’elle doit être une sorte d’infirmière dans un hôpital pour les enfants, et puis il se rendort.

Une autre fois Mamimie raconte que c’est très beau et chaud là où elle est, et cela semble extra à Jean-Pierre, car il a toujours si froid.

Même si maman fait des bouillottes bien chaudes ou si elle se blottit contre lui, cela ne fait effet que quelques minutes. Les rideaux sont souvent tirés maintenant, car la lumière est trop intense pour ses yeux, et il préfère que papa, maman ou papi Hubert lui lisent le passionnant livre de Narnia, dans lequel quatre enfants passent par une armoire enchantée dans un autre monde où il se passe des choses extraordinaires. Jean-Pierre aime beaucoup ces histoires puisqu’elles ressemblent tant aux histoires qu'il vit dans son monde intérieur de fantaisie à lui.

 

Un jour, quand il se réveille d’un petit somme, il les voit tous autour de son lit, l’air très triste. Mamimie est là aussi, mais elle n’est pas triste, elle lui sourit et dit : « C’est l’heure, Jean-Pierre ».

Maman pleure, lui caresse la tête et le tient dans ses bras, mais quand Mamimie lui tend la main, il sait qu’il veut aller avec elle, vers ce pays chaud et ensoleillé dont elle a parlé. Il pousse un grand soupir, prend la main de Mamimie, ferme les yeux et quand il les rouvre, il n’y a que Mamimie à côté de son lit.

Papa et maman ne sont plus là et il ne voit pas non plus papi Hubert, mais il fait bien chaud ici, la lumière est douce pour ses yeux et il s’endort tout content. Il doit être très fatigué, car il dort beaucoup et chaque fois qu’il se réveille, Mamimie est près de lui et lui caresse la tête.

 

Petit à petit, Jean-Pierre reste réveillé plus longtemps et regarde autour de lui.

Il y a d’autres enfants, certains dorment encore beaucoup, mais d’autres sortent de leur lit, de temps à autre, pour aller jouer ou se promener. Et Jean-Pierre devient curieux, il a envie de savoir ce qu’ils vont faire, où ils vont.

Mamimie dit que c’est bon signe et qu’elle viendra chercher Jean-Pierre demain pour une petite sortie. Et crois-le ou non, le lendemain Mamimie dit que ses cheveux ont repoussé et il n’a plus besoin de casquette.

Main dans la main Mamimie et Jean-Pierre font une petite promenade. Quand ils quittent l’hôpital, Jean-Pierre est tout étonné, cela fait si longtemps qu’il était dehors et tout est si vert ici !

Ils vont dans un grand parc avec un plan d’eau au milieu avec des jets d’eau si haut que c’est comme autant de petites cascades qui s’écoulent vers le bas. Et quand le soleil brille, on y voit plein de couleurs différentes.

Mamimie et Jean-Pierre marchent sous les hauts arbres, écoutent le chant des oiseaux et sentent les parfums des fleurs.

La première fois, ils ne vont pas très loin, puisque Jean-Pierre se fatigue encore vite, mais chaque jour il se sent un peu mieux et ils vont un peu plus loin.  Le jour où Jean-Pierre n’a plus besoin de rester à l'hôpital, il va vivre dans une belle maison blanche avec d’autres enfants.

 

Mamimie n’y habite pas, mais elle passe de temps en temps le prendre pour aller se promener. Ainsi, ils ont visité la ville où habite Mamimie. Ils ont pris le train et Jean-Pierre n’en croyait pas ses yeux, tant c’était beau.

Il y avait des parcs avec des pièces d’eau, des vastes places et des hautes portes, mais ce qui l’impressionnait le plus c’étaient les immeubles gigantesques.

Maintenant tu te dis peut-être : qu’est-ce que des immeubles ont de plaisant, mais alors, tu n’as jamais vu ceux-ci ! Ils ont de très belles couleurs et semblent être faits de nacre, et ils brillent au soleil. Jean-Pierre voyait des étages d’une couleur orange très chaude, et ceux d’au-dessus étaient jaune tendre et après encore des verts, bleus et violets à perte de vue.

Et ces immeubles sont de vrais gratte-ciels, car ils sont si hauts que les étages supérieurs disparaissent dans les nuages blancs.

Partout autour il y a des tubes transparents, des ascenseurs supersoniques pour monter ou descendre dans un clin d’œil.

Mamimie connaît beaucoup de gens dans l’immeuble et elle emmène Jean-Pierre les voir.

 

Ainsi, petit à petit Jean-Pierre devient un jeune homme qui aime bien partir tout seul et il devient curieux. Parfois il va voir des gens dans les appartements orange, parce qu’ils font du très bon thé et ça sent toujours les biscuits frais.

Il aime bien aller dans les appartements bleus, car là habitent des gens qui aiment raconter des histoires captivantes.

Ou bien, il va en visite dans les apparts verts où tout le monde fait de la musique ensemble et tu peux y chanter dans des chorales,  ou il va dans les apparts violets où les gens font des peintures de couleurs extraordinaires.

Mais ce qu’il préfère c’est de prendre l’ascenseur supersonique vers la partie supérieure de l’immeuble d’où tu peux te promener sur la couche de nuages blancs.

Les gens qui habitent ici, portent tous une longue robe blanche, et ils aiment bien que Jean-Pierre vienne discuter. Un jour Jean-Pierre dit à un de ses amis des nuages qu’il n’a pas vu Mamimie depuis un bon moment. Et que, ces derniers temps, il pense souvent à son ancien petit voisin Benno, mais aussi à maître Chris de l’école. Et qu’il se demande pourquoi les apparts ont des couleurs différentes et pourquoi les gens qui y habitent sont si différents et pourquoi la couche de nuages n’a point de toit et … tant d’autres questions.

L’ami à l’habit blanc sourit, tend la main et dit, comme Mamimie il y a longtemps : « C’est l’heure d’y aller, Jean-Pierre ».

 

Jean-Pierre prend la main tendue et son ami l’amène vers un escalier blanc, si haut qu’on n’en voit pas la fin. Ensemble, ils montent l’escalier et arrivent dans une pièce ronde aux murs blancs faits de nuages. Sur ces murs de nuages il y a des photos et des tableaux.

Jean-Pierre va voir la photo de Mamimie avec un enfant sur les genoux, elle ne ressemble pas trop à sa mamie, mais il sait que c’est bien elle.

À côté il y a une photo de maître Chris qui joue la guitare. Regardant autour de lui, il voit un tableau d’un homme qui regarde une mer très bleue, la main au-dessus de ses yeux.

Il y a aussi un grand poster d’un magnifique cheval blanc aves sa crinière argentée, galopant à toute allure dans les bruyères avec leurs fleurs violettes.

Et puis, Jean-Pierre voit qu’il y a, dans cette tour blanche, un toboggan dans lequel tu peux glisser très loin, car d’ici on ne peut voir où il finit. Jean-Pierre a très envie de vivre cette aventure, il se met sur le toboggan, prend de l’élan et se laisse glisser à toute allure vers le bas.

 

Qu’est-ce que ça va vite ! Jean-Pierre s’attend à atterrir à tout moment, mais ce n’est pas ce qui se passe.

Non, il glisse toujours, mais de plus en plus lentement et il finit par tomber tout doucement dans une sorte de piscine. Finalement, ce n’est pas tout à fait une piscine, plutôt une mer avec de l’eau claire et agréablement chaude.

Et juste quand il se demande où il peut bien être, il voit un gros poisson s’approcher. Le poisson est argenté, a une nageoire sur le dos et fait un gentil signe de la tête à Jean-Pierre comme pour l’inviter à faire un bout de chemin avec lui.

Jean-Pierre ne se le laisse pas dire deux fois, prend la nageoire de ses deux mains et c’est une bonne chose car tout de suite ils ont fendu l’eau ensemble. Après quelques petits tours, le poisson plonge vers les profondeurs, là où la couleur de l’eau devient toujours plus opaque. L’eau devient si trouble qu’il n’y voit plus rien et Jean-Pierre finit par fermer ses yeux avec un grand soupir.

 

Il a dû s’endormir, car quand il ouvre ses yeux, il voit de l’eau verdâtre et il a l’impression de se trouver dans une mini piscine. C’est un endroit bien chaud et agréable et Jean-Pierre s’y sent très à l’aise. De temps à autre il fait une petite sieste au rythme d’une sorte de tambour, et quand il est réveillé, il suce son pouce. Souvent il entend parler et rire des gens, à distance, et parfois il y a aussi des sons de musique.

Mais cette petite piscine sécurisée semble rétrécir et à la longue Jean-Pierre est tellement à l’étroit qu’il veut sortir vite.

Il sent quelque chose de très lourd pousser et tirer sur lui et c'est très désagréable. Mais à chaque poussée il voit un genre de portail par où passe une lumière et il sait qu’il doit passer par là.

C’est tout un travail pour y arriver et cela demande beaucoup d’efforts. Et quand le portail est assez près pour que sa tête y passe, Jean-Pierre se met à hurler. Car d’un coup l’atmosphère est si froide et pique si péniblement dans son corps. Cette lumière vive lui fait mal aux yeux et les sons aigus lui brûlent les oreilles. Il ferme ses yeux et se met à hurler à tue-tête. Puis, il se rend compte qu’il est allongé sur quelque chose de doux, il reconnaît le rythme du tambour qu’il a entendu dans la piscine, il arrête de pleurer et s’endort.

 

Au début, il dort beaucoup, mais quand il se réveille, il voit Mamimie qui s’occupe de lui et il se sent en sécurité. Elle ne ressemble pas trop à la Mamimie d’avant, mais Jean-Pierre sait que c’est Mamimie. Elle chantonne pour lui et souvent maître Chris est là aussi qui joue sa guitare.

Et ils parlent autrement qu’avant, ils disent maman et papa et appellent Jean-Pierre notre petit Denis.

Jean-Pierre n’est pas gêné et laisse faire. Finalement, il oublie souvent que, il y a bien longtemps, il s’appelait Jean-Pierre et maman était en réalité Mamimie. Et maître Christophe est un papa très cool qui folâtre avec lui.

 

Denis devient un marmot en pleine santé et très curieux de ce monde qui l’entoure.

Seulement quand maman le met au lit le soir, Denis a une petite pensée pour comment c’était avant. Et il demande : « Tu te rappelles quand tu étais ma mamie ? »

Ou il demande : «  Maman, tu te rappelles que j’étais toujours si fatigué avant et que Benno me lisait des histoires ? »

Mais maman s’en rappelle plus, lui fait un clin d’œil et dit que Denis sera sans doute un très fameux conteur d’histoires quand il sera grand. Denis le pense aussi et s’endort très content de partir en voyage dans le pays des rêves.  Et si tu fermes tes yeux et regardes bien dans ton monde de fantaisie, tu le verras filer dans cet ascenseur supersonique.

Regarde, c’est lui, il file à tout allure le long des résidences colorées jusqu’aux nuages pour discuter un peu avec ses blancs amis-nuages.

C’est que notre petit Denis cherche un petit frère ! Et pas n’importe lequel !

Il veut un petit frère avec des lunettes…

 
 
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